Chéri, c’est ma vie

Mon dernier article date de mardi dernier, le 2 août. Petite interruption dans le récit de mon parcours d’obèse, car ce mardi 2 août, Chéri est entré à l’hôpital. Depuis le dimanche, il souffrait de la chaleur, comme nous tous vous allez me dire… Mais ce dimanche a été différent. Chéri était oppressé, ne parvenait pas à prendre son souffle, et transpirait bien plus que d’habitude. Il n’a même pas eu la force d’aller au marché, c’est moi qui y suis allée.

Tout l’après-midi il a beaucoup toussé, complètement oppressé, à bout de souffle sans bouger. C’était pire encore allongé. Dès lundi, nous sommes allés chez la généraliste, qui nous a dit de voir un cardiologue. Le cardiologue habituel de Chéri étant en vacances, nous avons dit à la généraliste que nous verrions cela à son retour. Elle nous a fait comprendre que non, c’était maintenant qu’il fallait voir le cardiologue.

Mardi, Chéri a quand même voulu aller travailler. J’ai réussi à trouver un rendez-vous pour mardi en fin d’après-midi à la clinique de Turin, clinique spécialisée en cardio, où les cardiologues consultent même le dimanche. Nous y sommes donc allés, Chéri ne pouvait plus respirer correctement du tout, et la cardiologue qui l’a examiné nous a dit, après une heure d’examens divers et variés, qu’elle craignait soit une embolie pulmonaire, soit une crise cardiaque, qu’il fallait nous rendre immédiatement aux urgences de Bichat, hôpital doté d’un excellent service cardiologie.

Et là, la nuit infernale a débuté. Nous sommes allés aux urgences en taxi, arrivés à 18h30. Chéri a été enregistré à l’accueil des urgences, et, déclaré en urgence vitale au vu du mot de la cardiologue de la clinique de Turin, a été pris en charge moins de cinq minutes après notre arrivée. Je n’ai pas pu entrer dans le service des urgences avec lui, je suis donc restée en salle d’attente. Assise sur une chaise bien dure, dans une salle surchauffée, en compagnie d’une cinquantaine de personnes attendant…

Une heure passe, deux heures passent… J’avais soif. le distributeur de boissons était en panne, les toilettes hors service, et je n’osais pas quitter la salle d’attente, puisque qu’on était censé me donner des nouvelles de Chéri. Au bout d’un long moment, je suis allée au guichet d’accueil demander comment allait Chéri, je ne savais même pas s’il était mort ou vivant… On m’a sèchement dit d’attendre. Les heures ont passé, passé, passé, j’étais toujours sur ma chaise dure. Je ne voulais pas appeler les parents de Chéri, ne voulant pas les affoler alors que je ne savais rien.

Je ne savais pas si je devais attendre, si Chéri allait rentrer à la maison, ou si je pouvais rentrer parce qu’ils allaient le garder. Vers minuit, je crois, je ne me souviens pas exactement des heures, une infirmière est venue me voir, disant que Chéri avait passé un scanner, et que plusieurs examens étaient en cours, que je devais attendre. Qu’il y avait toujours suspicion d’embolie pulmonaire, du liquide dans les poumons, et le coeur très irrégulier, Chéri ayant du mal à respirer.

J’ai appelé mon frère. J’avais besoin de parler, de pleurer. Nous avons passé une demi-heure au téléphone. A trois heures du matin, je n’avais toujours pas bu une goutte d’eau depuis la veille à16 heures, je me sentais poisseuse. Car au fur et à mesure que la nuit avance, les gens qui viennent aux urgences diffèrent. Drogués en manque, SDF, schizophrènes en crise… La tension monte, les cris retentissent…

Et moi, recroquevillée sur ma chaise, j’aurais donné n’importe quoi pour avoir des nouvelles de Chéri. Je me suis rendue compte au cours de cette si longue nuit que la peur que j’ai éprouvée avant mon opération n’était que le millionième de celle que j’éprouvais en cet instant. J’aurais tellement voulu être à la place de Chéri, l’idée qu’il souffre, qu’il puisse lui arriver quelque chose est insoutenable. A trois heures du matin donc, j’ai enfin vu un médecin qui m’a dit de rentrer, qu’ils n’arrivaient pas à stabiliser Chéri, et qu’ils allaient le garder. Qu’il ne pouvait pas m’en dire plus pour l’instant.

L’accueil de l’hôpital m’a appelé un taxi, et je suis rentrée à la maison à 3h30. J’ai bu de l’eau, ai donné à manger aux chattes, pris une douche, et me suis couchée à quatre heures. A six heures j’étais debout. J’ai essayé d’appeler les urgences, ça ne répondait pas. A midi, c’est Chéri lui-même qui m’a appelée, pour me dire qu’il allait être transféré dans une clinique à Neuilly, clinique uniquement dédiée à la cardiologie. J’ai appelé notre généraliste qui m’avait demandé de la tenir au courant. Elle m’a dit qu’en effet Chéri ne pouvait être mieux que dans cette clinique, que c’était parfait.

J’ai donc préparé un sac avec des vêtements, des affaires de toilette pour Chéri et suis allée à cette clinique. Mon pauvre Chéri. Depuis pratiquement 24 heures qu’il était entré aux urgences, on ne lui avait donné ni à boire ni à manger, il a passé la nuit sur un brancard entre les examens. Il avait le torse plein d’électrodes reliées à un écran, son cardio était à plus de 160 !!!!!!!!!!!!! Le double de ce qu’il devrait être.

Je suis tout de suite allée demander de l’eau à une infirmière, qui a aussi donné un petit en-cas à Chéri. Je lui ai demandé si on pouvait enlever les électrodes le temps qu’il prenne une douche et change de vêtements. Une fois la douche prise, ayant bu et un peu mangé, Chéri se sentait mieux. L’infirmière a remis les électrodes. L’embolie pulmonaire a été écartée, ils ont vidé le liquide dans les poumons.

Je suis restée avec Chéri jusqu’à 19 heures, et rentrée à 20 heures à la maison, la clinique est loin de chez nous en transports. J’ai appelé Chéri en rentrant, il s’apprêtait à dormir, épuisé par sa nuit aux urgences, et son coeur battant si vite et l’empêchant de respirer correctement. J’avais appelé ses parents en fin de matinée, quand j’avais eu des nouvelles. Ils m’ont dit qu’ils iraient le voir dès le lendemain jeudi, ce qui tombait bien, car il était prévu que j’aille à Reims. Mon frère étant en vacances aux Etats-Unis, je ne veux pas laisser mes parents trop longtemps sans visite.

Malgré la fatigue de la nuit blanche de la veille, je n’ai pas réussi à dormir, ne sachant toujours pas ce qu’avait Chéri, et trop inquiète pour fermer l’oeil. Jeudi je suis donc allée à Reims, fait les courses pour ma mère, allée voir mon père à l’Ehpad. Dans le train j’ai craqué. Je me suis mise à pleurer. Trop d’inquiétude, trop de fatigue, trop de malaises dus à ma convalescence pas tout à fait terminée…

J’ai eu Chéri plusieurs fois au téléphone ce jeudi pendant que j’étais à Reims, et une fois rentrée à Paris. Finalement il a demandé à ses parents de ne pas venir, la journée s’est déroulée en examens non-stop. Je me suis couchée à 21 heures 30, je n’en pouvais plus, et j’ai dormi jusqu’à sept heures du matin vendredi. Je suis partie en tout début d’après-midi pour la clinique, et j’ai passé l’après-midi avec Chéri. Ses parents sont passés vers 16h30, quand l’infirmière est arrivée pour faire l’électrocardiogramme (ils en faisaient un toutes les deux heures), nous nous sommes un peu fait disputer, une seule personne est autorisée pour les visites. Nous ne le savions pas.

Les parents de Romain sont partis assez vite de toute façon, il était fatigué. Je suis ainsi allée voir Chéri tous les jours… Son frère des Etats-Unis, en vacances à Paris est passé le voir samedi avant son retour à Denver dimanche. Ses parents sont à nouveau venus lundi après-midi. Chéri a beaucoup beaucoup beaucoup dormi pendant son séjour à la clinique. Ils ont finalement diagnostiqué une arythmie, pathologie pas très grave, ouf ouf ouf…

Chéri est sorti mardi après-midi, pile une semaine après notre passage aux urgences. Il est en arrêt maladie, et doit retourner à la clinique le 5 septembre, pour une petite intervention du coeur, il restera hospitalisé quelques jours. Je suis allée à la clinique en transports pour chercher Chéri, nous sommes rentrés en taxi, et il est allé se coucher dès que nous sommes arrivés. Je suis allée chercher ses médicaments, fait quelques courses .

Hier nous sommes sortis marcher environ dix minutes, Chéri a dû s’arrêter au bout de cinq minutes pour s’assoir. Nous avons donc directement fait demi-tour. Quant à moi, pour me vider la tête, hier matin tôt, avant la chaleur, je suis allée au stade faire une heure de marche rapide. Mardi ça a fait pile six semaines que j’ai été opérée, je vais donc pouvoir reprendre le sport la semaine prochaine, et je peux réintroduire des aliments solides dans mes repas. En une heure de marche rapide, j’ai fait 6,5 kilomètres, j’étais contente. Hier après-midi, je me suis allongée, et hop, je ne me suis pas sentie partir, et j’ai dormi profondément deux heures. La semaine qui vient de s’écouler a été rude.

Ce matin tôt, toujours avant la chaleur, je suis allée marcher. Mais pour préparer mon retour au sport mardi prochain, Paul m’a demandé de faire du cardio, de marcher dans Montmartre, grimper les escaliers deux par deux, monter les pentes le plus vite possible… De chez nous je suis donc montée au Sacré-Coeur, nous habitons au pied des fameux escaliers de Montmartre.

Il y a un an, avant de commencer mes séances avec Paul, de chez nous au Sacré-Coeur, je mettais près d’un quart d’heure, 13 minutes. Ce matin j’ai mis précisément 8 minutes 13 secondes. Mon cardio est bien meilleur qu’il y a un an, il bat à 47 pulsations minutes, je me suis allégée de pas mal de gras, enfin, j’ai eu l’impression ce matin que ma forme est revenue. Pendant une heure, j’ai monté, descendu, remonté, redescendu, faisant toutes les faces de la butte Montmartre.

Tôt le matin il n’y avait pratiquement personne, pas encore de touristes, que c’est beau Montmartre, que j’aime mon quartier ! Quand je suis rentrée, Chéri se réveillait juste. Il va mieux, ne tousse quasiment plus, respire mieux. Il est toujours très fatigué, ça je pense que c’est normal après la semaine qu’il a passée. En fin d’après-midi nos avons rendez-vous avec notre généraliste, qui va regarder tous les comptes-rendus des examens, et regarder le traitement donné à Chéri.

Chéri est décidé à lui demander le nom d’un nutritionniste spécialisé car on lui a beaucoup parlé de ça à la clinique. Chéri est trop gros. Ils l’ont directement mis à des repas sans sel sans sucre. Il va falloir qu’il revoie sa façon de manger, et de consommer de l’alcool. Bien sûr, je vais le soutenir mais c’est bien qu’il voie un professionnel qui le conseillera par rapport à sa pathologie. Sa façon de manger va sûrement se rapprocher de la mienne… A suivre…

Voilà donc pourquoi je ne suis pas venue vous écrire durant toute une semaine. Je reprends au plus vite le récit de mon parcours d’obèse. Et le quotidien, puisque je peux à nouveau manger à peu près de tout, et surtout, la reprise du sport avec Paul mardi prochain. J’ai respecté à la lettre les consignes pendant mes six semaines de convalescence, celles du chirurgien pour l’alimentation, celles de Paul pour marcher, juste marcher, un peu davantage chaque jour, mais sans forcer et sans faire aucun mouvement musculaire, juste de la marche, alors là, maintenant que je me sens vraiment mieux, inutile de vous dire comme je bous d’impatience de reprendre la musculation:-)))))))))

Bon après-midi vous tous, prenez soin de vous.

J’ai toujours été grosse… obèse (partie 2)

Mes parents n’ont rien dit en me voyant si grosse. En me voyant obèse, n’ayons pas peur des mots. Je mesure 1m70, j’étais passée d’un peu moins de 70 kilos à presque 100.

Donc, mes parents n’ont rien dit. J’aurais mille fois préféré qu’ils parlent, qu’ils s’énervent, qu’ils pleurent, n’importe quoi plutôt que ce manque de réaction verbale… Ce fut le début de plusieurs décennies de non-dits, de regards, de petites phrases pleines de sous-entendus, mais jamais de discussions, de questions sur ce qui s’était passé pendant ces six premiers mois de mes études… Sur ce mal-être qui me dévorait depuis que j’étais petite, que j’avais peur d’être abandonnée, pas aimée, que mon corps avait été violé…

Pendant ce week-end, mon père n’a pas dit un mot. Il fait partie de ces gens qui peuvent faire la tête et ne pas parler des jours entiers. Ma mère a fait comme si rien n’avait changé. Je suis rentrée le dimanche soir à Troyes, dans ma chambre d’étudiante, et j’ai mangé, mangé, mangé… Pendant mes deux ans d’études, je ne suis que très peu rentrée chez mes parents, creusant encore l’incompréhension entre nous.

Au long de ces articles, je vous parle de mes parents par rapport à mon poids. Ce n’est qu’une facette d’eux. Cela ne résume pas les parents qu’ils ont été, qu’ils sont. Ils ont fait ce qu’ils ont pu face au poids, avec eux-même leur histoire à porter. Eux non plus n’ont jamais eu une relation facile avec la nourriture, et toutes leurs réactions, leurs paroles, si elles ont été maladroites, ont été dictées par l’amour qu’ils me portent. Car je ne doute pas de leur amour. Mon père a les qualités de ses défauts, et ayant souffert de son enfance avec un père alcoolique, très vite absent, puis d’un beau-père violent, se serait fait tuer pour nous. Il a travaillé plus que de raison pour nous assurer un confort matériel, nous lancer dans la vie, nous apporter la sécurité financière dont il a tant manqué, lui qui a dû travailler très jeune pour aider sa mère et élever son petit frère. Il n’a jamais su avoir de mots tendres, il n’avait pas le temps, il se levait à trois heures du matin pour aller à l’usine. Tout cela je ne l’ai compris que beaucoup plus tard, petite fille, adolescente, jeune femme évidemment j’en ai souffert… Enfin voilà j’ai ouvert cette parenthèse pour que vous ne pensiez pas que ces articles sont à charge contre mes parents, je raconte juste comment j’ai toujours été obèse et comment j’essaie de m’en sortir, et forcément ils font partie intégrante de ma construction.

Après ces deux ans d’études s’est posée la question de savoir si je voulais continuer et aller plus loin dans mes études. Non ! Je n’avais qu’une idée, qui ne me quittait pas depuis l’âge de huit ans. Venir vivre à Paris, y travailler, être totalement indépendante, me noyer dans la masse anonyme d’une grande ville et ne plus être engluée dans l’atmosphère étouffante d’une petite ville où tout le monde observe tout le monde, où le moindre geste est disséqué par les voisins…

J’ai annoncé à mes parents que mon bac+2 me suffisait. Mon père l’a très mal pris. Lui qui avait dû arrêter pour travailler et s’occuper de sa mère et son petit frère n’a pas compris que je ne souhaite pas poursuivre mes études. Nous avons eu une grosse, grosse dispute. Moi, la petite fille modèle, jamais un mot plus haut que l’autre, me faisant la plus neutre possible pour ne pas encombrer, j’ai osé, pour la première fois, dire ce que je voulais. Et je voulais arrêter mes études.

Ayant le même caractère excessif et buté que mon père, j’ai fait mon sac, et ai pris toutes affaires cessantes le train pour Paris. Je suis allée chez ma grand-mère paternelle. J’ai trouvé du travail dès le lendemain, dans un grand magasin. Me promettant de continuer à chercher pour trouver plus en rapport avec mes envies.

Dès le premier jour, je me suis sentie si bien à Paris, si bien avec ma grand-mère. Je ne suis pas restée longtemps chez elle, je voulais être indépendante. Je me suis retrouvée dans un minuscule studio, avec un minuscule salaire, j’avais 20 ans, je me sentais si bien. J’ai très vite trouvé du travail ailleurs, puis encore ailleurs, puis encore ailleurs, j’adorais changer de travail, progressant un peu à chaque fois. Je me suis fait quelques amis, pas beaucoup, mon côté foncièrement indépendant me faisait aimer être seule, et j’ai exploré Paris. Je passais beaucoup de temps le week-end avec ma grand-mère, je lisais beaucoup.

Et je mangeais. Lire, je m’en suis rendue compte plus tard, était pour moi synonyme de bien-être, et donc de manger. J’avais le livre dans une main, et de l’autre, je piochais dans un paquet de biscuits, une plaque de chocolat…. Je continuais à m’alimenter presqu’exclusivement de pâtes, de pizzas, de pain et de charcuterie… Des légumes ? Du poisson ? Des oeufs ? Non, absolument pas… Et curieusement, je ne grossissais plus. Bon, j’étais à une bonne centaine de kilos, 105, mais ça s’est stabilisé à ce poids. Pourquoi je ne suis pas montée à 120, 130 ? Je ne sais pas.

J’avais 20 ans, 105 kilos, assez solitaire. Heureuse ? Non. Bien sûr que non !! Je sentais bien qu’il y avait trop de « bancal » dans ma vie… L’amour ? Oh que non ! J’avais une peur terrible des hommes. A chaque fois qu’un garçon m’abordait, j’avais une crise de panique, allait-il me faire du mal, toucher mon corps comme on l’a touché quand j’étais enfant ? A chaque fois, je fuyais. A chaque fois, je me réfugiais dans la nourriture, me disant que si je parvenais à construire un mur de graisse assez énorme, plus personne ne pourrait atteindre mon corps et me faire du mal. J’ai eu quelques relations, me forçant, me disant qu’ainsi je serais dans la norme des filles de mon âge. Quelle norme ? J’aurais mieux fait d’aller poser mes tourments dans le cabinet d’un psy…

Les années ont passé, ça n’allait pas si mal, je m’étais construit mon petit monde avec quelques amis, ma grand-mère, de temps en temps un amoureux. J’allais passer un week-end chez mes parents, trois ou quatre fois par an. Car ils me manquaient, j’aurais voulu leur hurler que je les aime, mais dans notre famille, on ne dit pas ces choses là.

En 1991, mon frère s’est marié. Pendant les préparatifs du mariage, j’ai demandé à mon père de m’apprendre à danser la valse. Mes parents étaient d’excellents danseurs, chaque samedi soir, ma mère mettait une robe longue, mon père un costume, et ils allaient à des soirées dansantes. C’était si beau de les voir danser ! Notamment le tango, et la valse. Ils étaient légers, gracieux, ils virevoltaient en se regardant amoureusement. Moi, je me sentais si pataude, si lourde, je ne savais pas danser et je rêvais de danser la valse. J’ai donc demandé à mon père de m’apprendre la valse…

Il m’a répondu « Tu n’y arriveras pas, tu es trop… Et puis de toute façon tu ne danses jamais. Je danserai au mariage de ton frère avec ta cousine, elle, c’est une belle fille ». Il n’a pas dit ça méchamment, il l’a énoncé comme un fait. En revanche moi je l’ai reçu violemment. J’ai souri, toujours mon masque pour ne rien laisser paraître, et c’est tout. Plus jamais de ma vie je n’ai tenté de danser. Depuis ça, assister à un mariage a toujours été compliqué pour moi. Ce n’est pas par hasard si j’ai souhaité que notre mariage avec Chéri soit très intime, avec un déjeuner, pas le soir, et surtout pas de soirée dansante.

La santé de ma grand-mère s’est détériorée tout à coup. Elle a passé les trois dernières année de sa vie d’hôpital en hôpital… J’étais la seule de la famille à habiter à Paris, à pouvoir la voir souvent, et surtout j’étais si proche d’elle, je l’aimais tellement ! Je suis allée la voir chaque soir à l’hôpital après mon travail, chaque samedi, chaque dimanche… Elle est morte le 13 juillet 1993, j’avais 26 ans.

Depuis, pas un jour sans que je pense à elle, pas un ! Le premier chagrin terrible de ma vie, je n’ai pas encore accepté réellement sa disparition. Je me suis sentie tellement seule, tellement malheureuse, je me suis renfermée davantage encore, parlant encore moins. Et j’ai maigri. Je ne me souviens pas exactement si c’est parce que j’ai mangé moins, ou si c’est le chagrin qui m’a fait maigrir mais toujours est-il que fin 1993, je n’avais plus de kilos en trop.

Je vais arrêter là pour aujourd’hui, excusez-moi, me remémorer tout ça n’est pas si simple. Mais je sais que c’est important que je le fasse, car aujourd’hui, je suis presque mince (j’ai beaucoup de mal à écrire ça me concernant), et si pour une fois, je veux ne pas regrossir, je dois m’alléger de tout cela…

Passez une bonne journée. N’oubliez jamais de prendre soin de vous.