Samedi… dimanche…

Samedi habituel. Levée à six heures et direction Reims. Il y faisait froid, avec beaucoup de vent, et il est tombé une fine pluie toute la journée.

Nous sommes allées faire les courses avec ma mère. Mon frère est passé chez ma mère pendant midi, boire un verre avec nous avant que nous ne déjeunions. Ma mère me racontait qu’elle a sympathisé avec plusieurs de ses voisines, elles font la gym ensemble le matin, passent les après-midis les unes chez les autres, vont au parc juste en face… La vie de la résidence est animée, chaque samedi j’y croise de charmantes vieilles dames.

Oui surtout des dames. C’est une résidence avec appartements réservées à des personnes âgées autonomes. La moyenne d’âge doit être d’environ 80 ans, et à cet âge là, les dames sont plus nombreuses et plus autonomes que les messieurs. C’est pour cela qu’il y a plus d’hommes dans les Ehpad… Il y a un monsieur sur le pallier de ma mère, que je croise presque à chaque fois, mais je n’en ai jamais vu d’autres.

C’est joli, il y a plusieurs jardins, le hall est animé, toujours fleuri. Et il y a la coiffeuse, le pédicure, la bibliothèque de la résidence. Après le déjeuner nous sommes allés voir mon père. Il était tombé la veille. Sans se faire mal, mais sans pouvoir se relever. Heureusement que le personnel de l’Ehpad est toujours là, toujours aux petits soins. Les aides soignantes l’ont relevé, massé, rassuré. Je lui ai bien expliqué que je revenais le lendemain, et que mon frère et moi viendrions le chercher pour venir manger son gâteau d’anniversaire chez mon frère. Sur le moment il a bien compris, et s’en est réjoui.

Je suis rentrée samedi en fin d’après-midi, heureuse de retrouver Chéri. Chéri aurait pu venir avec moi samedi, nous aurions passé la soirée et la nuit chez mon frère pour être sur place dès dimanche matin. Mais j’avais envie de passer la soirée tranquille avec Chéri, chez nous, me détendre, ne pas faire la conversation. Etre chez nous, en tenue confortable, tranquillement avec Chéri. C’est déjà assez fatigant comme ça de n’avoir pas un seul jour de coupure. Donc je suis rentrée à Paris en fin d’après-midi, retrouver Chéri, c’est la seule chose qui me fasse tant de bien. Et puis j’ai pu préparer et regrouper tranquillement tous les cadeaux. Car en plus de l’anniversaire de mon père, nous avons fête celui de mon frère, la fête des mères, l’obtention brillante de sa double licence par ma nièce…

Nous sommes donc repartis dimanche de bon matin, chargés de tous les cadeaux. J’avais mis une très jolie robe, bien trop habillée, mais peu importe, j’avais besoin de me sentir belle. Et contrairement à samedi, dimanche il a fait très beau. Quand mon frère est venu nous chercher à la gare, il était déjà allé chercher ma mère, et nous l’avons trouvée tranquillement installée dans le jardin avec ma belle-soeur. Nous avons pris l’apéritif dans le jardin, et continué par un barbecue. A 14 heures, mon frère et moi sommes allés chercher mon père. Il dormait, profondément… Je l’ai réveillé en douceur, mais il ne comprenait pas pourquoi mon frère et moi étions là. Il avait complètement oublié m’avoir vue la veille, et tout autant qu’il sortait.

Sa première sortie hors de l’hôpital ou de l’Ehpad depuis le 21 avril 2020. Nous l’avons laissé émerger tout tranquillement, je lui ai mis ses chaussures, donné un coup de peigne, mis un gilet. Son aide soignante lui avait mis une belle chemise. Nous l’avons aidé à monter en voiture, et surtout, c’est pour en descendre qu’il a fallu l’aider. Il a monté les trois marches du perron de la maison de mon frère assez facilement. Il bien reconnu l’intérieur de la maison, et quand nous sommes arrivés dans le jardin, il a vu Chéri, ma mère, ma belle-soeur, ma nièce, il souriait et était très ému. Il a bu un café au lait, soufflé les bougies du gâteau avec mon frère, mangé sa part, en a demandé une deuxième, déballé ses cadeaux avec plaisir. Il a un peu parlé, dit à ma nièce qu’il est fier d’elle, de ses brillantes études, nous a dit qu’il nous aimait. Et au bout d’une heure et demi, il nous a demandé à rentrer, se sentant très fatigué.

Mon frère et moi l’avons réinstallé dans la voiture, et le moment le plus triste, qui m’a bouleversée au-delà de tout, c’est quand. ma mère s’est approchée de la voiture, et que mes parents se sont pris la main à travers la vitre baissée. Ils n’ont rien dit, mais ce geste était tellement doux et intense. Nous avons raccompagné mon père. Mon frère a attendu dehors, mon père ne voulait que moi. Je l’ai accompagné dans sa chambre, l’ai déchaussé, installé dans son fauteuil. J’ai disposé ses cadeaux sur les étagères, lui ai demandé s’il avait besoin de quelque chose. Il m’a dit qu’il avait besoin de se remettre, de toutes ces émotions, de cette fatigue.

Je comprends qu’il était épuisé, lui qui n’est pas sorti depuis 14 mois, qui est tombé la veille, qui n’a plus l’habitude de voir six personnes d’un coup, d’entendre plusieurs personnes parler en même temps. Quand je m’apprêtais à quitter la chambre il m’a dit merci, qu’il avait passé un moment merveilleux. Il sait maintenant qu’il y en aura d’autres des moments comme celui-ci… souvent. Mon frère, la semaine prochaine, l’emmènera, avec ma mère, boire un café en ville… Maintenant mon père sait qu’il n’est pas seul, pas abandonné. Et il aime les jeunes femme qui s’occupent de lui, et sa chambre est son environnement rassurant. C’est dans sa chambre qu’il a demandé à retourner hier quand il était fatigué.

Aujourd’hui, comme me l’avait dit le neurologue il y a un an, son quotidien ce n’est plus ma mère, nous ses enfants, non maintenant, c’est l’équipe soignante sa référence. Il avait oublié hier que j’étais déjà venue le voir la veille… Ca ne me fait plus trop pleurer. Ca me vrille le coeur de chagrin, mais je sais que dans son monde il ne voit pas le temps passer. Samedi il m’a dit qu’il est préoccupé, car il doit se préparer pour sa course cycliste mais que comme il n’est pas en grande forme, son entraîneur se fait du souci sur ses chances de gagner.

Chaque semaine il me raconte son monde, tantôt il est étudiant, tantôt il cherche du travail tantôt il prépare une expédition, tantôt il aide les patrons de l’hôtel dans lequel il habite… Et moi j’approuve, je lui demande de me raconter, et je lui souris… Et parfois nous avons une vraie conversation, il me parle de mon travail, de sa jeunesse, s’inquiète de savoir si j’ai assez d’argent pour payer son loyer et celui de ma mère, puis il retourne dans son monde…

Il ne parle plus très bien, les AVC ont laissé des séquelles, mais je le comprends, et on parle, et on rit… Et après, quand je suis seule, je pleure… mais de moins en moins.

Sinon, hier j’ai eu une belle surprise. Ma nièce est arrivée à midi trente, nous étions déjà là Chéri et moi, tout comme ma mère, et elle est arrivée avec un beau bouquet de fleurs, qu’elle m’a tendu. Je pensais vraiment en la voyant arriver, que c’était pour ma mère, ou ma belle-soeur. Elle m’a dit que c’était pour moi, parce qu’elle m’aime. Et elle m’a prise dans ses bras, me disant que nos câlins lui manquent trop, qu’elle avait besoin que je la serre et l’embrasse. Oh que oui ça fait du bien, les câlins. C’est invivable de ne plus avoir de câlins depuis 15 mois.

Ma nièce vient donc de terminer sa double licence (histoire et science po), tout en passant un diplôme d’anglais. Elle s’est inscrite à un master Relations internationales. A Paris, Lyon, Bordeaux et Toulouse. J’aimerais tellement qu’elle soit prise à Paris. Qu’on recommence à se voir chaque semaine, pour aller faire du shopping, et qu’elle vienne à nouveau dîner un soir par semaine. Et elle doit aussi aller faire un semestre aux Etats Unis. Ce devait être le second semestre 2020, naturellement ça n’a pas été possible… Bon on en saura plus sur sa destination d’ici quelques semaines.

Nous sommes rentrés à Paris hier soir, gonflés d’amour. Immédiatement quand j’ai mis le bouquet dans un vase, Gribiche n’a plus eu qu’une idée, le dévorer. Elle est trop craquante. Depuis hier soir elle est couchée sur le bar, en extase devant le bouquet. Sans doute dégage-t’il des odeurs qui lui font de l’effet.

Voilà, un résumé de ce week-end qui marque des jolis débuts, des sorties en perspectives, dans la mesure où mon père en aura la force.

J’espère que vous avez passé un beau week-end. Bonne soirée vous tous:-)