Reprendre le cours du blog

Les fins de dimanche sont des moments que j’aime. Des moments doux. Des moments juste pour Chéri et moi. Le week-end s’achève. On est sortis, on a vu des amis, on est allés au ciné, ou je rentre de Charleville et ces quelques heures avant de penser à la semaine qui va commencer sont tout à nous.

J’allume des bougies parfumées, et c’est là que nous que nous discutons le mieux, en faisant des câlins aux chattes, en parlant de nous, de tout, de rien. Puis Chéri prépare le plat du dimanche soir, il adore faire un plat élaboré le dimanche soir. Ce soir, il a cuisiné une pintade aux choux de Bruxelles, carottes, oignons, avec des petites pommes de terre. Il sait comme j’aime ce plat. Et ce week-end nous avons eu plein de temps, coincés que nous étions à la maison:-)

Les week-ends habituels, pendant ce temps où Chéri cuisine, je me fais un masque du visage, je prépare mon carnet de bord pour la semaine à venir. Avec tout ce qui s’est passé dernièrement, je n’ai pas encore eu le temps de vous présenter ce joli carnet de bord (ci-dessus en photo) que j’ai commencé en même temps que j’ai pris mon nouveau poste.

J’ai très envie que ce blog reprenne son cours, vous parler d’alimentation, de sport, de sorties, de doux moments, de rires, de menus plaisirs. Depuis quelques mois le temps m’échappe.

Alors justement, que se passe-t’il avec mes parents ?

Nous avons, depuis plusieurs mois, beaucoup beaucoup travaillé avec mon frère. Nous nous sommes réparti les tâches, moi l’administratif et la tutelle, lui la logistique de tout ce qui concerne Reims. Il va deux fois par semaine déjeuner avec ma mère et rendre visite à mon père. J’y vais un week-end sur deux depuis que je retravaille, et y ai passé la majeure partie de l’été. Il est essentiel pour nous de laisser mes parents le moins possible seuls, de les appeler chaque jour. Surtout ma mère.

Car mon père, dans la clinique où il est, n’est jamais seul, entouré du personnel médical, faisant chaque jour des exercices avec le kiné, l’ergothérapeuthe, l’orthophoniste pour reparler et pouvoir remanger après son AVC. Il ne peut toujours pas boire… Il voit ma mère tous les jours, mon frère deux fois par semaine, moi plusieurs fois par semaine jusque fin août.

Ma mère, en revanche, se sent épouvantablement seule. Terrifiée par l’avenir. Elle oublie de manger, elle est faible, elle oublie tout, se sent un boulet malgré nos dénégations, et pleure chaque jour. Elle ne vit que dans l’attente de nos visites et coups de téléphone. J’ai peur pour elle, seule dans la maison familiale où elle n’a plus envie d’être. Peur qu’elle tombe dans les escaliers, peur quand je l’entends pleurer au téléphone chaque soir.

Alors mon frère et moi avons bousculé toutes les institutions possibles et imaginables, rempli tous les dossiers, visité tous les endroits où nos parents seront bien, et surtout proches géographiquement l’un de l’autre, et de mon frère.

Et enfin, nous avons trouvé. Enfin tous les dossiers sont complets. Enfin tous les médecins valident. Enfin je passe au tribunal mardi et j’aurai la tutelle de mon père. Mon père à qui j’ai expliqué la situation, qui est d’accord pour que nous vendions la maison, qui est d’accord pour aller à Reims, qui est d’accord pour que ma mère vive dans un endroit différent de celui où il sera.

Ce nouveau chapitre qui s’ouvre est effrayant pour nous quatre, mais nous sommes ensemble, nous n’avons jamais autant parlé, nous n’avons jamais autant été soudés. Tous les quatre. Plus Chéri, qui est là, aimant avec mes parents comme s’ils étaient ses propres parents. Nous cinq et personne d’autre. Le choc si violent du mois d’avril (la séparation de mes parents, hospitalisés dans des endroits différents en plein confinement), puis l’AVC de mon père cet été, qui l’a encore amoindri. Ce choc psychologique, le premier, nous l’avons surmonté, ensemble.

Un deuxième nous attend, qui va rendre les trois prochains mois encore plus difficiles. Car ça y est, mon père a fait la visite de pré-admission dans l’EHPAD que nous avons sélectionné, et y sera transféré dans les jours qui viennent. La résidence où ma mère va habiter est à 500 mètres de l’EHPAD de mon père. Ma mère va avoir un petit appartement qui l’enchante, au troisième étage d’une résidence neuve, avec un balcon donnant sur le jardin de la résidence, et au-delà du jardin, sur un parc. Une résidence dans laquelle un gardien est présent 24h/24. A moins de 100 mètres d’une boulangerie et d’un Carrefour Market.

Pour les grosses courses, mon frère les fera. Sa maison est à un kilomètre de l’EHPAD et de la résidence de ma mère. Tout cela est à deux arrêts de tramway de la gare de Reims. Gare de Reims que je mets 45 minutes à rejoindre en TGV depuis la gare de l’Est, distante de chez nous de 4 stations de métro. On a beaucoup réfléchi, beaucoup consulté mes parents, la psy de la clinique où est mon père.

Sur le papier tout cela est parfait. Dans les faits, nous savons, le personnel soignant nous y a préparé, que cela va être quelques semaines terriblement éprouvantes. Mes parents sont mariés depuis 63 ans, mais savent maintenant qu’ils ne vivront plus ensemble. Ils vont quitter la ville où ils ont passé leur vie. Ils en sont contents mais cela reste néanmoins effrayant et douloureux pour eux. Ma mère est enthousiaste de ne plus avoir à s’occuper de la maison, de sentir qu’elle sera si proche de chez mon frère, que je vais m’occuper de tous les papiers… Car elle ne sort plus, ne va plus se promener en ville, uniquement avec mon frère ou moi. Le reste du temps sa fatigue la force à rester à la maison. Mon père est content de se rapprocher de nous, rassuré de savoir que jamais nous ne l’abandonnerons, qu’il nous verra encore plus, et qu’il verra aussi sa petit-fille plus souvent.

Ce qui s’annonce difficile pour les semaines à venir, bon évidemment c’est la vente de la maison, et la vider. Mais surtout, plus que tout, c’est mon père que nous allons devoir ménager à l’extrême. En cinq mois il s’est beaucoup attaché au personnel de la clinique de Charleville, il connaît bien chaque membre de l’équipe, et sa démence vasculaire le porte à penser qu’il est à l’hôtel, et particulièrement bien soigné car il est le client préféré des patrons. Il voudrait d’ailleurs me réserver une chambre dans cet hôtel pour que j’y vive avec lui.

Alors le séparer de cette équipe de soignants, l’habituer à une nouvelle chambre, de nouveaux visages s’occupant de lui au quotidien, le neurologue et la psy nous ont prévenus que les premières semaines vont être très très difficiles. Et particulièrement pour moi, ils ont remarqué que je suis celle qui souffre le plus psychologiquement de l’état de mon père.

Aussi étrange que cela paraisse, je suis celle qui réussit à comprendre mon père (qui parle très très mal depuis l’AVC), celle qui réussit à entrer dans la réalité qu’il se crée, et nous développons une relation très profonde, si étrange que cela puisse paraître, à moi la première. La directrice de l’EHPAD aussi m’a dit que ça va être aussi difficile pour moi.

Cet EHPAD, évidemment reste un EHPAD, mais les chambres sont belles, personnalisables, spacieuses. Dans le salon commun il y a un immense arbre à chat. Le chat se promène là où il veut, les pensionnaires ont l’air ravi d’avoir ce petit compagnon. Il y a un grand jardin… La cuisine est faite sur place par un cuisinier, ce ne sont pas des plats tout faits, livrés à réchauffer. Et surtout, cela permettra à mes parents de passer tous les après-midis ensemble, à mon frère d’y aller tous les deux jours, à moi d’y aller chaque semaine.

Bref, je ne vais pas ouvrir un débat sur les EHPAD. Bien sûr qu’il y a matière à polémiquer, et surtout matière à s’indigner du coût, je ne sais pas comment font les gens n’ayant pas d’économies, de maison à vendre, d’enfants pouvant payer… Je ne sais pas, et je n’ai pas la force de me révolter, j’ai juste envie de m’occuper de mes parents. Bien évidemment personne n’a envie de finir sa vie dans un EHPAD et personne n’a envie d’y mettre ses parents. Mais quand il n’y a pas d’autres solutions, que les aides à domicile, ou même l’HAD (hospitalisation à domicile) ne suffisent plus, quand le conjoint, âgé et épuisé ne peut pas rester éveiller 24 sur 24, que faisons-nous ? Je sais comme les EHPAD ont mauvaise presse, c’est pour cela que nous avons choisi celui nous paraissant le moins déshumanisé, très haut de gamme, avec du personnel diplômé médicalement, bref, on fait ce qu’on peut voyez-vous… Et ceux qui jugent, et bien nous en reparlerons quand ils seront confrontés à la situation… Mon père m’a dit il y a quelques mois qu’il aimerait mourir, se suicider, mais n’en a pas le courage. Je connais plusieurs personnes disant cela, qu’elles se suicideront pour ne pas finir en maison de retraite, or, je constate aussi que plus on vieillit, plus on s’accroche à la vie, et peu nombreux sont ceux qui passent à l’acte. J’entends tous les débats, les jugements sur la façon de traiter les personnes âgées. De par mon nouveau travail, j’assiste à des réunions sur la création de la 5e branche de la Sécurité Sociale, celle de la dépendance et du grand âge. J’ai eu l’opportunité d’assister à des débats entre ministres et patrons de la sécu sur le traitement des personnes âgées dépendantes, handicapées intellectuelles… Et malheureusement il n’y aura pas de changement avant bien longtemps j’en ai peur. Alors, encore une fois, je me garde de juger trop vite. Les jugements, le cynisme, les donneurs de leçon j’en entends tellement… Et je laisse glisser, je ne perdrai plus jamais mon énergie à me justifier, je fais ce que je peux, malheureusement pas forcément ce que je voudrais, et ce n’est déjà pas si mal

J’écris ici la situation telle que je la ressens, je suis la fille aimante, brisée de chagrin et terriblement épuisée de parents terriblement désorientés. Alors nous essayons d’organiser la plus douce et confortable fin de vie qu’il nous est possible à mon frère et à moi pour nos parents.

Je ne sais pas si mes larmes cesseront de couler comme elles coulent chaque jour depuis ce p… de 22 avril. Je ne sais pas si j’aurai encore une seule nuit de vrai bon sommeil sans m’angoisser pour mes parents. Je ne sais pas si je vais enfin trouver l’apaisement. Je ne sais pas si je vais réussir ma période d’essai dans ce nouveau travail qui est celui qui m’intéresse de plus de tous ceux que j’ai faits au long de ma vie. Je ne sais pas quand je vais retrouver le temps de venir vous écrire chaque jour à nouveau.

Heureusement Chéri est là, Chéri qui ne m’en veut pas de partir un week-end sur deux. Chéri qui ne m’en veut pas de me lever à cinq heures du matin pour aller faire du sport de six heures à sept heures puis filer au travail. Et qui ne m’en veut pas non plus d’aller au stade de 20h15 à 21h15, de rentrer du sport à 21h40 et qui m’attend patiemment en ayant préparé le dîner. Chéri qui comprend que j’irai une journée par semaine à Reims, qui viendra avec moi une fois toutes les deux semaines.

Et heureusement j’ai le sport, et Philippe, qui me fait des super séances, adaptées à mon état de fatigue et à mon état psychologique. Voilà toutes les raisons pour lesquelles j’ai peu écrit ces dernières semaines… le temps m’échappe.

Finalement, ce week-end coincée ici pour passer le test Covid aura eu ça de bénéfique que j’ai dormi, vous ai écrit:-) J’espère que vous allez tous bien ?

Je vous montre la pintade aux choux ?

8 réflexions au sujet de « Reprendre le cours du blog »

  1. Je t’admire énormément tu es une vraie vaillante en tout et ta sensibilité ne t’en rend que plus admirable. Courage à toi, à tes proches…bisous lumineux

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  2. Tu vis une période très difficile liée à la perte d’autonomie des parents vieillissants. Hélas la vie ne nous épargne pas et je t’envoie pleins d’ondes positives pour vivre au mieux ce chamboulement. Prends soin de toi aussi 💕

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  3. Et oui, chacun fait comme il peut. Personne n’a à jugé, vu que tous, plus ou moins avons à affronter ça. J’en ai des exemples sous les yeux tous les jours..Ce qui est bien, enfin, moindre mal, c’est que ta mère ne sera pas loin de ton père…Elle sera mieux dans un petit appartement que dans une grande maison. Notre voisine, au décès de son mari il y a peu, a vendu très vite sa grande maison en pleine campagne, avec un très grand terrain. Elle est ravie de sa petite maison en pleine ville…et n’a plus peur. Elle regrette juste que ceux qui ont racheté sa maison aient abattu tous les beaux arbres.
    J’espère que tu auras les résultats du test ce soir…Tu peux juste nous le rajouter en fin d’article…

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  4. Je rajoute « c’est bien que tu ais un frère pour t’aider à affronter tout ça »…La belle-mère de ma fille s’entend super bien avec sa soeur pour gérer, après le décès de leur mère, et une soeur handicapée et un frère pas bien dans sa tête. Tous les 2 sont dans une maison de retraite séparée, mais s’y sont très bien fait…même son frère qui, au départ, ne voulait pas en entendre parler.

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  5. Mais tu n’as pas à te justifier tu sais ? Nous connaissons cette situation, et franchement j’admire plutôt l’énergie et l’affection dont tu fais preuve.
    Ne t’inquiète pas, le respect tu le mérites ! Des bises

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